Adaptation Scolaire et Scolarisation des élèves Handicapés en Corse du Sud

Aide à l'apprentissage


a) Synthèse scientifique :

La dysphasie doit être inscrite dans l'ensemble des perturbations
développementales qui gênent l'enfant dans sa construction d'un être social et
affectif. La particularité de la dysphasie tient au fait que les obstacles
majeurs qui s'opposent à cette construction résident dans la qualité de
l'équipement linguistique qui empêche le langage de jouer ses rôles de
médiateur privilégié de la relation et de support de la pensée.
Certains chercheurs parlent de déviance linguistique : le sujet ne parle pas
moins, ni comme un sujet plus jeune ; il parle différemment. Du fait des délais
normaux de mise en place des fonctions linguistiques chez l'enfant, le
diagnostic de ces troubles n'est pas possible avant l'âge de 3-4 ans. Il n'existe
pas encore de consensus sur la physio-pathologie des différentes dysphasies,
leurs étiologies, les limites de leurs définitions.

On s'accorde, semble-t-il, sur les différents symptômes. Ainsi on distingue
essentiellement des dysphasies d'expression (le trouble prédomine sur les
voies de "sortie"), et des dysphasies de réception (le trouble prédomine sur les
voies de la compréhension, les voies d'"entrée" du message linguistique).
Les dysphasies d'expression se traduisent par des difficultés qui touchent
les trois grandes fonctions expressives :

- la recherche et la récupération des mots en mémoire (indisponibilité
ponctuelle des mots) ;
- l'organisation automatique des mots en phrase (parler "style télégraphique",
réduction linguistique) ;
- la mise en sons des mots, la programmation puis la réalisation des différents
sons nécessaires à la production sonore de l'énoncé (suite séquentielle des
sons du langage rendant inintelligible la parole de l'enfant).

Le prototype des dysphasies de l'enfant est souvent considéré comme la
combinaison de l'altération des deux dernières fonctions précitées.
Cette dysphasie, outre le trouble expressif oral majeur, induit toujours des
troubles encore plus marqués en langage écrit (du fait des exigences
particulières de l'écrit en matière de syntaxe et de phonologie), engendrant
des échecs scolaires précoces (début du primaire) et massifs. Aussi, outre la
rééducation visant à l'amélioration des capacités communicationnelles, des
stratégies spécifiques d'apprentissage de la lecture/écriture doivent être
mises en oeuvre, sous peine d'aboutir à un "illettrisme" (illettrisme structurel
d'origine linguistique).

D'autres troubles spécifiques sont souvent associés, qui font partie
intégrante de la pathologie dysphasique, par exemple : un déficit des activités
séquentielles autres que phonologiques (rythmes, notions de temps), ou un
déficit de la mémoire de travail (mémoire à court terme, empan mnésique).
Mais dans tous ces cas, la compréhension linguistique est préservée, et
l'enfant cherche à établir la communication par tous les moyens possibles
(gestes naturels, regards, démonstrations, attitudes, mimiques, dessins,).
Les dysphasies de réception sont plus rares mais aussi beaucoup plus graves
puisqu'elles touchent les capacités de décodage des sons à valeur
linguistique : elles compromettent donc la compréhension du langage et la
constitution même de la langue : par voie de conséquence, ces enfants sont
généralement sans expression orale.

Par ailleurs, il arrive que les enfants soient atteints simultanément de divers
troubles : ces associations ne sont probablement pas fortuites, mais leur
étiologie reste souvent inconnue. Chacune constitue de fait une configuration
rare, qui nécessite un inventaire précis des compétences et incompétences de
chaque enfant, et qui motive une adaptation très individualisée du projet et
des modalités de prise en charge.

On peut citer :

- dysphasie et dyspraxies (troubles de la conception et de la réalisation du
geste, d'origine cérébrale, sans paralysie ni trouble moteur périphérique) ;
- troubles mnésiques dans toutes les modalités auditivo-verbales et visuelles ;
- troubles neurovisuels graves (agnosie visuelle) ;
- surdité.

b) Définitions conventionnelles :

Les dysphasies, jamais ainsi dénommées, sont répertoriées dans trois systèmes
communément admis de classification des troubles.
L'Organisation Mondiale de la Santé dans la classification statistique
internationale des maladies et des problèmes de santé connexes (10ème révision
: C.I.M 1O) retient les troubles spécifiques de la parole et du langage comme
des troubles dans lesquels "les modalités normales" d'acquisition du langage
sont altérées dès les premiers stades du développement. Ces troubles ne sont
pas directement attribuables à des anomalies neurologiques, des anomalies
anatomiques de l'appareil phonatoire, des altérations sensorielles, un retard
mental ou des facteurs de l'environnement. Les troubles spécifiques du
développement de la parole et du langage s'accompagnent souvent de
problèmes associés tels des difficultés de lecture et d'orthographe, une
perturbation des relations interpersonnelles, des troubles émotionnels et des
troubles du comportement.

Ils incluent, entre autres, le trouble spécifique de l'acquisition de
l'articulation, le trouble de l'acquisition du langage de type expressif, le
trouble de l'acquisition du langage de type réceptif.
L'association de psychiatrie américaine dans le D.S.M. IV regroupe sous la
rubrique de la section du trouble du développement, les troubles du langage et
de la parole : articulation, langage expressif, langage réceptif.
En France, la nomenclature des déficiences, incapacités et désavantages,
inspirée étroitement de la classification internationale des handicapés
proposée par l'O.M.S. retient la définition des déficiences du langage et de la
parole comme une déficience du mode de communication lorsqu'elle n'est pas
due à une déficience intellectuelle. Ainsi un trouble du langage est une
déficience qui peut être responsable d'une incapacité, l'incapacité de
communication, pouvant entraîner un désavantage (traduction de handicap en
anglais) tel une situation de non-intégration sociale.

c) Ce qu'il faut retenir :

- Au-delà de l'inexistence d'un consensus scientifique sur l'étiologie, la
physio-pathologie, les définitions des différentes dysphasies, il semble
qu'un accord se dégage sur les symptômes permettant de distinguer deux
grands types de dysphasie : réception - expression.
- Chez chaque enfant et chez un enfant à différents âges, il existe de
multiples combinaisons des atteintes phonologiques lexicales ou
syntaxiques en compréhension ou en production, constituant un tableau
propre à l'enfant et conduisant à des solutions rééducatives et
pédagogiques différentes.
- Il semble admis que la dysphasie soit un trouble structurel et que le
retard de langage soit un trouble fonctionnel susceptible de s'amender
grâce à une optimisation des conditions de stimulation.

Rédigé par JF ETTORI le 24/03/2009 à 11:29